Lundi 13 octobre 2014 1 13 /10 /Oct /2014 09:44

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Mon attention a été attirée récemment par des remarques convergentes émanant de quelques-uns de mes lecteurs, de ceux qui apprécient mes polars mais qui n’hésitent pas à mettre le doigt sur un détail qui les a « chiffonnés ». Ces remarques portaient sur un point du récit de « Rejoins la meute ! » Ces deux lecteurs m’ont dit avoir regretté que l’histoire entre le commissaire Payardelle et la jeune Marianne s’achève de la façon dont je l’ai conçue dans mon roman, c’est-à-dire sur une séparation. Je les ai rassurés en leur garantissant que ce n’était que provisoire puisque ces personnages sont promis à être récurrents et que j’ai bien l’intention de faire revenir Marianne et de lui faire croiser à nouveau le chemin de Payardelle dans une prochaine histoire. Tous les créateurs, peintres, musiciens, écrivains, ont des influences et font des emprunts. C’est un phénomène bien connu. On emprunte une technique, un « tic » d’un autre artiste que l’on introduit dans ses propres œuvres. Celles et ceux qui lisent attentivement mes élucubrations à propos de mes polars savent que je subis, entre autres, l’influence de Fred Vargas. Et, précisément, le personnage de Marianne et sa relation avec Payardelle sont du même ordre que ce qui relie Camille à Adamsberg chez Vargas. Adamsberg a aimé et aime toujours la jeune Camille mais ils se sont perdus de vue. Camille revient hanter les pensées d’Adamsberg et elle réapparaît, en chair et en os, par exemple dans « L’homme à l’envers ».

Il est également une autre technique que j’ai dû piocher quelque part sans me rappeler où ( à moins que je n’en sois l’inventeur ). Elle consiste à introduire, comme un motif récurrent, des références à un autre récit, extérieur au mien.  Ainsi, dans « Les bavardes » que je suis en train d’écrire, je fais apparaître, de loin en loin, des renvois à une lecture qu’est en train de faire le personnage central. Tragos a emmené avec lui un polar de Linwood Barclay, « Mauvais pas », dont j’incruste de courts résumés à plusieurs reprises, comme un contrepoint dans une partition musicale. Il arrive même, dans un chapitre, que cette lecture influe sur la réflexion du commandant Tragos. Mais là s’arrête le lien avec l’histoire centrale. L’objet n’est pas de lier les deux mais simplement de créer un motif, comme une frise autour d’une toile ou comme un élément simplement rapporté. Si l’on veut un point de comparaison, c’est un peu la même chose que les bateaux ou les personnages que mon ami Frédéric Lefol introduit dans certaines de ses toiles, comme des incrustations. Le coq, personnage récurrent des toiles de Chagall, me semble procéder de la même démarche. Chers lecteurs, vous retrouverez donc un jour le personnage de Marianne.

Une autre influence et même un parallélisme apparaît entre Fred Vargas et moi. Dans « Sous les vents de Neptune », à moins que ce soit dans « Dans les bois éternels », Vargas évoque la jalousie qui ronge Danglard devant la relation privilégiée qui s’installe entre Adamsberg et Veyrenc. De la même façon, dans « Les bavardes », un sentiment analogue se développe chez Vergne, l’adjoint direct de Tragos, qui prend ombrage de la tendresse qu’éprouve le commandant à l’égard du jeune lieutenant Venot. Je pourrais multiplier les exemples de ces emprunts, de ces incrustations ou de ces motifs récurrents.

Voici un extrait des "Bavardes" dans lequel apparaît une incrustation du polar de Linwood barclay "Mauvais pas" :

« A quelques reprises, Tragos sent l’endormissement venir mais il y a toujours un bruit pour le sortir de sa torpeur. Vers onze heures, le sommeil l’a quitté. Pour plusieurs heures, il en est convaincu. Il va sauter un cycle. Il opte alors pour une stratégie réaliste. Plutôt que de chercher en vain le sommeil, il se saisit de l’un des deux bouquins enfouis dans son sac, celui qu’il a commencé à lire, et prend le chemin du rez-de-chaussée. A cette heure avancée, le hall de l’hôtel a retrouvé un semblant de quiétude. Le veilleur de nuit vient d’arriver et reçoit les consignes du réceptionniste de jour. Tragos s’est installé dans le petit salon qui jouxte l’accueil. Les fauteuils sont confortables et le calme propice à la lecture. Il a dégoté le dernier-né d’un de ses auteurs favoris, Linwood Barclay. Selon lui, le meilleur des auteurs de thrillers anglo-saxons. Le titre, « Mauvais pas », avait été parfaitement trouvé pour raconter l’histoire d’un type qui, victime d’une névrose sécuritaire, s’amusait à piéger les membres de sa famille afin de leur inculquer le sens de la prudence. Après cent cinquante pages pendant lesquelles le personnage central, un écrivain de science-fiction, évoque sa paranoïa et les moyens qu’il déploie pour la calmer, l’action commence enfin et tout s’accélère brusquement. Le type en question croit subtiliser le sac à main que sa femme a abandonné dans son caddie au beau milieu d’un supermarché. Il veut lui donner une bonne leçon et lui apprendre à ne plus laisser traîner ses affaires n’importe où. Il va le dissimuler dans sa voiture stationnée sur le parking du supermarché. Malheureusement, ce n’est pas le sac de sa femme mais celui d’une autre cliente. Et c’est là que les ennuis commencent. Tragos en est à la deux-centième page et il a hâte de connaître la suite des mésaventures de Zack Walker, un pauvre type dépassé par les évènements mais embarqué dans une histoire invraisemblable et que chaque heure écoulée enfonce un peu plus dans la panade. »

 


 

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Dimanche 12 octobre 2014 7 12 /10 /Oct /2014 20:52

pas-de-noel.pngDans une petite ville des Etats-Unis, Nora et Luther Krank voient leur fille partir peu de temps avant Noël pour une mission humanitaire d’un an au Pérou. Sans elle, ce noël ne sera pas comme les autres noëls. Aussi, les Krank décident-ils de boycotter cette fête qui revêt un caractère sacré dans leur rue et de partir en croisière. Mais voilà, les voisins ne l’entendent pas de cette oreille et tout va se compliquer. Ce n’est pas à proprement parler un polar même s’il y a montée progressive de la tension et, vers la fin, un coup de théâtre. Je dirais plutôt que cela ressemble à un conte de Noël version adultes avec une double dimension : dramatique et morale. C’est aussi une belle analyse des usages et des comportements sociaux des Américains moyens dans un quartier bourgeois d’une petite ville des Etats-Unis. La question centrale pourrait être la suivante : dans quelle mesure peut-on s’affranchir des usages sociaux en vigueur et quel est le prix à payer pour cela ? John Grisham sait à la perfection faire monter la tension jusqu’au coup de théâtre qui va donner à cette intrigue un tour tragi-comique. J’ai pris un réel plaisir à découvrir ce roman que je recommande vivement.

Pas de Noël cette année, de John Grisham, Pocket, octobre 2004, 215 pages.

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Vendredi 10 octobre 2014 5 10 /10 /Oct /2014 13:59

il-n-est-jamais.pngLa quatrième de couverture nous explique que Thélonius Avogaddro, détective privé, ancien policier et héros de ce polar, revient à San Francisco pour les funérailles de son père. A cette occasion, il découvre que Howard Kendrick, le présumé assassin de sa sœur quarante ans plus tôt jugé et finalement blanchi, vient d’être arrêté pour un nouveau meurtre similaire. Cela suffit à réveiller la soif de vengeance qui sommeillait en Thélonius et à le précipiter dans une contre-enquête destinée à réunir des preuves accablantes pour confondre le meurtrier de sa sœur. Dans la plus pure tradition du polar américain, Chris Costantini nous entraîne dans une intrigue virevoltante dans laquelle prime l’action. Le personnage est bien campé et le suspense maintenu de bout en bout. Parallèlement à l’enquête que Thélonius mène sur le suspect du meurtre de sa sœur, se déroule une autre enquête, instruite par le FBI, sur le crash d’un avion de ligne au-dessus de la baie de San Francisco. Les deux affaires semblent n’entretenir aucun lien entre elles et pourtant. De fausse piste en fausse piste, de rebondissement en rebondissement, Chris Costantini nous tient en haleine. Il semble connaître à merveille l’univers dans lequel il fait évoluer ses personnages, ce qui ajoute à la crédibilité de l’histoire et à sa parenté avec le polar américain. Le style est original, enlevé et imagé, la langue est bien dans la tonalité du roman policier d’outre-Atlantique, le tout conforté par les références au jazz, omniprésentes. Par certains côtés, j’ai trouvé à ce roman des airs de famille avec ceux de Mike Connely. Un polar à l’intrigue prenante que je vous invite à découvrir sans attendre si vous êtes fans du polar américain.  

Il n’est jamais trop tard, de Chris Costantini, Versilio, mars 2014, 251 pages, 17 €.

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Mercredi 8 octobre 2014 3 08 /10 /Oct /2014 13:32

envoyez.pngEnvoyez la fracture, rien que le titre en dit long sur le côté humoristique de ce petit opuscule qui n’a pas vraiment la dimension d’un roman mais plutôt d’une nouvelle ou plus exactement d’un conte. Un conte humoristique, onirique, fantastique qui nous entraîne dans le sillage d’un modeste illustrateur qui est malmené à la fois par son épouse et par son éditeur. Ce livre n’est pas non plus à proprement parler un polar à part entière même si un policier y tient un rôle et qu’il déroule une vraie intrigue. Un jour, Ambroise Fridelance ( Eh oui, c’est son nom ) découvre qu’il est propriétaire d’un tabouret design que son père avait rapporté d’Afrique. Cet objet est l’unique survivant d’un ensemble qui portait la signature d’un grand designer et il vaut une fortune. Ambroise va chercher à monnayer ce tabouret. Cette démarche vénale va l’entraîner dans une transaction fâcheuse avec un marchand d’art véreux et le propulser dans un terrible engrenage. Se mêlant à l’intrigue, la magie africaine et la pratique du maraboutage vont donner à cette histoire un côté fantastique et déjanté qui fait le charme de ce livre. Ajouter à cela le talent d’écriture de Romain Slocombe et vous comprendrez qu’il s’agit là d’un de ces petits joyaux dont je me régale. A découvrir comme l’est aussi l’œuvre de Romain Slocombe qui a déjà été nominé pour le Goncourt et qui l’est encore cette année pour le prix Interallié.    

Envoyez la fracture, de Romain Slocombe, Pocket, février 2014, 117 pages, 2 € 90.

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Mercredi 8 octobre 2014 3 08 /10 /Oct /2014 11:34

toulouse-lautrec.pngVoilà un petit polar qui m’a fait passer un bon moment. Deux toiles de Toulouse-Lautrec ont disparu du musée d’Albi. Séraphin Cantarel, Conservateur en chef au ministère de la Culture, est appelé à se rendre sur place pour mener l’enquête en compagnie de son adjoint le fringant Théo et en collaboration avec le commissaire Coustot. Un premier cadavre apparaît assez rapidement en la personne du gardien du musée qui s’est suicidé. Un autre gardien a disparu. Cantarel va devoir dénouer un véritable imbroglio, dans lequel se retrouvent impliqués pêle-mêle la famille du gardien suicidé, les relations du gardien disparu, le conservateur du musée, sa secrétaire et quelques autres protagonistes qui se meuvent dans un univers pour le moins trouble. L’intrigue est intéressante mais c’est surtout le contexte dans lequel évoluent Cantarel et son adjoint qui a retenu mon intérêt. Gastronomie et peinture dominent cette histoire sur laquelle flotte le charme irremplaçable de la vie provinciale. Jean-Pierre Alaux met en scène avec beaucoup de talent son personnage fétiche, avec force informations sur l’univers de Toulouse-Lautrec qui, en fait, est le personnage principal de cette aventure. On peut juste lui reprocher quelques passages didactiques légèrement déconnectés de l'intrigue sur Toulouse-lautrec et sa vie. Un coup de coeur moyen. Néanmoins, un petit polar sympa pour passer un bon moment.

Toulouse-Lautrec en rit encore, de Jean-Pierre Alaux,  10/18, mars 2010, 232 pages, 7 € 50.

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ISSN 2267-0947

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