Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 13:49
Coup de coeur : Un parfum de soufre, de Sylvain Forge...

~~Une vieille femme, d’origine hindoue, décède par combustion dans la chambre d’une maison de retraite. La porte était fermée à clef. Accident ? Suicide ? Meurtre ? Voilà la bien curieuse affaire à laquelle se trouvent confrontés les enquêteurs de la brigade criminelle de Nantes. Bientôt, les choses vont se compliquer et conduire le commandant Charolle et ses adjoints dans l’univers glauque et dangereux de la prostitution et de la drogue. De surcroît, la propre mère du capitaine Isabelle Mayet fait partie des pensionnaires de cette maison de retraite. Et un vieux monsieur, lui aussi pensionnaire, semblerait en mesure d’aider la police à progresser s’il n’en était empêché par l’encadrement de la maison de retraite. Voilà un polar d’un genre totalement différents de ceux que je viens de terminer précédemment, à savoir ceux de Fred Vargas et Sandrine Collette. On n’y retrouve pas la poésie de Fred Vargas ou la tension psychologique de Sandrine Collette. Sylvain Forge privilégie plutôt l’action, rapide, explosive, et nous livre, dans un style nerveux, une intrigue pleine de rebondissements faisant se croiser, dans une succession de chapitres très courts, différentes histoires qui finissent par tisser un récit de plus en plus complexe et cohérent. On retrouve dans « Un parfum de soufre » quelque chose de la manière d’un Olivier Norek dans Code 93 ou d’un Bernard Degioanni dans Kebab killer. Le tout est sous-tendu par une excellente connaissance des codes, des techniques et du langage policiers. Au final, un polar qui m’a tenu en haleine et que je recommande volontiers à ceux qui aiment le suspense et l’action.

Un parfum de soufre, de Sylvain Forge, Ed. du Toucan, février 2015, 393 pages, 9 € 90.

Partager cet article

Published by ma fabrique de polars
commenter cet article
6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 08:58
Dans la mémoire de l'autre : extrait...

Sainte-Maxime, le 04 août 2011, 22 heures,

Théo Payardelle venait de donner le feu vert à Marco.

- J’ai eu Le Gall au téléphone. Il a appelé le procureur qui nous laisse carte blanche. L’opération sera déclenchée demain matin, à 6 heures précises. Je te laisse le soin de prendre contact avec le major Barret qui coordonnera l’opération. Les brigades locales vont être prévenues. Je vous rejoindrai sur place juste avant.

Enfin, la situation se débloquait. Pour l’heure, nul n’était certain que Bréault se soit réfugié dans le cabanon de chasse perdu au milieu du massif des Maures mais c’était une forte probabilité. Payardelle avait donné son accord au procureur pour que le commandement soit donné à la gendarmerie qui était rompue à ce genre d’exercice. D’autre part, pour un service qui avait été d’une certaine façon dépossédé de l’enquête, c’était un renvoi d’ascenseur normal. - Vous êtes un type bien, Payardelle, lui avait concédé Maljoie abandonnant pour la circonstance sa froideur légendaire. Théo Payardelle partageait totalement le point de vue du procureur. En agissant ainsi, il faisait preuve d’une réelle grandeur d’âme. Missionné par le ministre, il aurait très bien pu exiger que lui revienne le commandement de cette expédition. Il prenait également un risque, celui d’une bavure qui expédierait Bréault dans l’au-delà, en faisant disparaître de facto un témoin essentiel et - qui sait ? - peut-être le coupable. Mais Barret était un officier expérimenté en qui on pouvait avoir confiance. Au demeurant, Théo avait été clair dans la consigne qu’il lui avait passée ainsi qu’à Marco : il nous le faut vivant, coûte que coûte. Le moral du commissaire Payardelle retrouvait des couleurs. Depuis deux jours, il avait de nouveau négligé les sacro-saintes réunions de synthèse, concurrencées par celles que diligentait un Le Gall fébrile et désireux d’accélérer le cours des choses. De toute façon, ses adjoints étaient bien assez occupés comme ça et ne possédaient pas le don d’ubiquité. A cet égard, il se demandait où se trouvait Marthe et ce qu’elle pouvait bien faire depuis plus de vingt-quatre heures qu’elle avait abandonné les pistes de Wax et de Bréault. Elle l’avait appelé le matin même pour le prévenir qu’elle avait quitté la compagnie de Marco pour vérifier une piste dont elle ne lui avait parlé que très succinctement, lui promettant un point complet dès qu’elle aurait davantage d’éléments en sa possession. Théo Payardelle n’en avait pas cru ses oreilles mais, venant de son adjointe, il était prêt à tout entendre, y compris l’invraisemblable. Et c’était bien de cela qu’elle l’avait entretenu à demi-mot. Il connaissait le flair et l’intuition de Marthe qui avaient déjà fait merveille dans le cadre d’enquêtes précédentes. Il avait accepté de lui laisser le champ libre en lui faisant promettre la plus grande prudence. Meltzer n’avait toujours pas reçu les comptes rendus médicaux que son confrère parisien lui avait promis. A l’occasion de la réunion de synthèse de l’après-midi, Payardelle s’en était ouvert au psychiatre en présence de Le Gall. - J’ignore ce qui se passe. Je vais le rappeler. Sans doute n’a-t-il pas eu le temps de s’en occuper ! avait répondu Meltzer, en guise d’excuses. Théo en serait venu à regretter de n’avoir pas sollicité une commission rogatoire pour que ces documents médicaux atterrissent directement sur le bureau du juge. Mais le monde médical était un univers cadenassé doté d’une grande capacité de résistance et qui tenait bon devant ce qu’il considérait comme des intrusions abusives, surtout lorsqu’il s’agissait d’informations d’ordre psychiatrique exigées par le judiciaire. Un tabou parmi les tabous ! Les juges éprouvaient les plus grandes peines du monde à obtenir ce genre de documents et il était mille fois préférable de faire profil bas et de passer sous les fourches caudines de la profession. Encore fallait-il trouver un psychiatre compréhensif et que ladite profession y mette un peu du sien ! En principe, ces données ne devaient pas lui apporter d’informations déterminantes mais il leur accordait d’instinct de l’importance, non pas tant en raison de leur contenu que du secret qui semblait entourer la maladie de Wax et son passé parisien. Marthe avait-elle, elle aussi, flairé quelque chose de ce côté-là ? Ses explications lapidaires le laissaient supposer.

Partager cet article

Published by ma fabrique de polars
commenter cet article
4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 13:59
Coup de coeur : Six fourmis blanches, de Sandrine Collette...

~~La collection « sueurs froides » convient parfaitement pour ce roman qui est à la fois un thriller mais aussi un fabuleux roman d’aventures. L’histoire va conduire les protagonistes au bout de ce que l’être humain peut endurer comme souffrances physiques et mentales. Un groupe de touristes et son guide partent en trekking dans les montagnes albanaises et se font surprendre par une tempête de neige. Parallèlement, un sacrificateur d’ovins, responsable de la mort accidentelle du petit-fils d’un parrain local, est contraint de fuir les hommes de main de ce dernier en gagnant la montagne. Très vite, on sent que tous ces destins voués les uns à la colère de la nature et l’autre à la cruauté des hommes vont se rejoindre. Mais, quand et comment ? Tel est le propos de Sandrine Collette qui sait à merveille distiller l’angoisse, faire monter le taux d’adrénaline de ses personnages en même temps que celui de ses lecteurs. Le chemin de croix des uns et des autres est terriblement long et dramatique. La mort survient à intervalles réguliers pour mieux meurtrir les âmes, même les mieux trempées. Qu’adviendra-t-il de Mathias, le sacrificateur, de Lou et ses compagnons d’excursion ? Dans quelles conditions leurs chemins vont-ils inévitablement se croiser ? Le suspense est permanent, la tension très bien entretenue, servie par l’alternance des deux récits et par une écriture musclée. Un peu avant la fin du roman, un pan du voile se lève et je me suis aperçu que les hypothèses que j’avais élaborées tombaient d’elles-mêmes. La surprise était au rendez-vous. On se laisse happer par cette terrible odyssée, par cette histoire hors du temps, on fait corps avec les personnages et il est difficile d’interrompre la lecture. Une auteure que je découvrais. Un thriller réussi que je recommande sans réserve. Six fourmis blanches, de Sandrine Collette, Ed. Denoël, décembre 2014, 276 pages, 19 € 90.

Partager cet article

Published by ma fabrique de polars
commenter cet article
1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 17:54
Gros coup de coeur : Temps glaciaires, de Fred Vargas...

~~Plusieurs morts surviennent dont certaines pourraient passer pour des suicides. Mais, près de chacun des cadavres, apparaît un dessin, un signe mystérieux dans lequel les enquêteurs finissent par voir le dessin symbolisé d’une guillotine. C’est à n’en pas douter la signature du meurtrier et, par conséquent, celle d’un tueur en série. Deux de ces victimes avaient participé, dix ans auparavant, à une dramatique excursion sur une île au large de l’Islande. Y a-t-il un rapport entre ces meurtres et ce voyage ? Et voilà qu’un des meurtres conduit les enquêteurs à s’intéresser à une curieuse association qui remet au goût du jour, sous une forme théâtralisée, les réunions de l’assemblée révolutionnaire au sein de laquelle siègent, en costumes d’époque, Robespierre, Danton, Desmoulin, Couthon et autres figures de la Révolution française. Il n’y a qu’un pas à franchir pour établir un lien entre cette association et le curieux signe censé représenter une guillotine. Laquelle de ces deux pistes est la bonne ? Y a-t-il un rapport entre les deux ? Et, si oui, lequel ? C’est à partir de cette situation de départ parfaitement improbable qu’Adamsberg et son équipe vont conduire leurs investigations. Comme dans la plupart des romans de Vargas, le lecteur est placé d’entrée de jeu devant une situation inextricable, invraisemblable qui, selon les propres termes d’Adamsberg ressemble à « une pelote d’algues ». Egal à lui-même, lunaire, imprévisible, le commissaire fétiche de Vargas va dérouter son entourage au point de susciter le trouble au sein de son équipe et à provoquer un début de rébellion. A ses côtés, on retrouve Danglard, Veyrenc et Retancourt dans le registre où ils excellaient dans les précédents ouvrages de Vargas. Les fans de Vargas retrouveront l’ambiance et les relations qui ont fait le charme de cette équipe disparate mais dont les prestations individuelles et le numéro d’ensemble fonctionnent à merveille. De digressions en digressions, de changements de cap en changements de cap, naviguant entre l’Islande et la Révolution française, Adamsberg finira par mystifier tout son monde et par rester le patron, au terme d’une enquête palpitante dont il faut attendre les dernières pages pour connaître le dénouement. Un seul petit regret : l’absence de la famille Vandoosler qui aurait pimenté un peu plus le tout. Mais ne soyons pas difficile. Après quatre années de disette, voilà un Vargas réussi qui se déguste avec plaisir. Les aficionados ne seront pas déçus. Temps glaciaires, de Fred Vargas, Ed. Flammarion, mars 2015, 490 pages, 19 € 90.

Partager cet article

Published by ma fabrique de polars
commenter cet article
27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 08:52

temps glaciairesJe posterai prochainement sur ce blog une chronique à propos du dernier polar de Fred Vargas. Ce sera en début de semaine prochaine, juste avant le 4 mars, jour de sa sortie officielle. Vous aurez, en primeure, des nouvelles d'Adamsberg, Danglard, Veyrenc et Retancourt toujours égaux à eux-mêmes. Vous pourrez vous faire une première opinion qui, j'en suis sûr, vous donnera envie de lire "Temps glaciaires". 

A bientôt.

Partager cet article

Published by ma fabrique de polars - dans Actualité
commenter cet article
25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 10:43

rejoins la meute-copie-1Florac, le 3 juin  2006,

 

    Tout au long de l’année, la boutique d’Armand Dutilleul attirait une clientèle fournie, régulière et gourmande, prête à parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour venir acheter ses confitures et ses gelées, « Made in Cévennes », comme l’indiquait malicieusement l’affichette apposée sur la porte du magasin. Son commerce était situé à deux pas de la Fontaine du Pêcher, attraction touristique de la ville et bien nommée pour voisiner avec un marchand de confitures. De la cerise à la pêche, de l’abricot à la groseille, en passant par la figue et le coing, il proposait à ses clients une variété de produits que se disputaient, au-delà des chalands qui fréquentaient sa boutique, les hôtels, restaurants et autres chambres d’hôtes du Gard et de la Lozère. Son magasin était un bijou d’esthétisme, avec ses rayonnages remplis de pots de toutes les couleurs, alignés comme les soldats d’une armée en ordre de marche, leurs couvercles recouverts d’une pellicule de soie blanche festonnée et les illustrations soignées de leurs étiquettes aux motifs variés. Il y en avait pour tous les goûts, toutes les bourses et tous les régimes. Du très sucré à l’allégé, de la confiture à la gelée, du fruit simple au mélange de fruits rouges, chacun pouvait y trouver son compte.

    Avec le week-end de la Pentecôte et l’arrivée des touristes, de prospère, son commerce devenait florissant. La boutique ne désemplissait pas et il devait embaucher des saisonnières pour s’occuper de la vente.

    Les clients de passage, qui ne le connaissaient pas et qui franchissaient pour la première fois le pas de porte de la Place du marché, pouvaient légitimement se demander ce qui lui valait une telle renommée car, après tout, ce n’étaient que des confitures, comme on en trouvait dans les rayons des grandes surfaces, à la présentation soignée, certes, mais des confitures ! Et pas données, en plus ! Mais, une fois qu’ils avaient mis le pied à l’intérieur de la boutique, leur question trouvait une première réponse : Armand Dutilleul proposait à sa clientèle une féérie, un enchantement pour le regard. Admirer sa collection de pots faisait naître dans le palais une irrépressible envie de goûter, réveillait une gourmandise qui ne trouvait de répit que lorsque le client avait sacrifié à la dégustation que lui proposaient des vendeuses vêtues d’un tablier blanc et portant une coiffe, décorés tous deux à l’enseigne du magasin. C’était alors la suite de la réponse, la révélation, le coup de foudre et la conversion à cet unique credo : Armand Dutilleul était le roi de la confiture.

    Le secret de la maison Dutilleul résidait dans une ambiguïté connue des seuls familiers : le maître des lieux qui passait, aux yeux de ceux qui ne le connaissaient pas, pour un vulgaire marchand était en fait un fabricant, un confiturier, formé à la rude école du compagnonnage, rompu aux techniques de fabrication artisanales. Son magasin n’était qu’une façade, la partie émergée de l’iceberg, la vitrine. Les secrets de fabrication étaient jalousement gardés quelque part au milieu de la campagne, dans une minuscule fabrique où nul, en dehors des deux employés, n’était autorisé à pénétrer sans l’accord du maître des lieux. Armand Dutilleul avait délégué la gestion du magasin à ses vendeuses, placées sous l’autorité bienveillante mais vigilante de son épouse, pour se consacrer pleinement à la fabrication de ses produits. Pendant que les deux ouvriers effectuaient les manipulations, de la réception des fruits à la mise en pots, en passant par la surveillance des cuves en cuivre où cuisaient les fruits, Dutilleul s’enfermait dans ce qu’il appelait son laboratoire. Dans cette minuscule pièce où il avait installé un matériel semblable à celui d’un alchimiste, il s’essayait à tester de nouveaux mélanges ou peaufinait ceux qui faisaient déjà les beaux jours de sa boutique et qui allaient conquérir de nouveaux palais. Ce bonhomme bedonnant, proche de la soixantaine, à la mine joviale, était un passionné, un amoureux de son métier, un perfectionniste à qui il arrivait de passer une partie de ses nuits dans cet espace confiné, perdu au milieu de la nature. Quelqu’un qui, d’aventure, se serait promené au milieu de la nuit, sur le chemin étroit qui serpentait dans la garrigue, aurait été étonné d’apercevoir cette petite fenêtre éclairée et plus stupéfait encore de savoir que, derrière ce rectangle lumineux, un homme œuvrait à concevoir et à perfectionner les meilleures confitures du monde.

    Armand Dutilleul pouvait se reposer, les yeux fermés, sur son premier ouvrier, Antoine, qu’il avait entièrement formé et qui l’assistait depuis plus de quinze ans. C’était à lui qu’incombaient le choix des fruits, leur dosage, la réussite de leur cuisson et la qualité du conditionnement des confitures. Il était souvent le premier à la fabrique quand il ne lui arrivait pas, régulièrement, d’y rester une partie de la nuit pour achever une cuisson engagée trop tard. Il était secondé par un jeunot, Martin, qu’il formait à son tour et qui, un jour peut-être, s’il recevait l’aval du patron, prendrait la relève. Antoine ne parvenait pas à imaginer qu’un jour la fabrique pût disparaître, avec son propriétaire qui était resté sans héritier. Son espoir résidait dans le fait que, tant qu’il aurait un souffle de vie, Armand Dutilleul poursuivrait son entreprise, vaille que vaille. A moins qu’elle ne fût rachetée mais, lui, n’en avait pas les moyens.

    Le dimanche de Pentecôte s’annonçait ensoleillé. Antoine s’était levé à l’aube, au grand dam de son épouse.

    -  Tu vas bientôt y dormir dans cette fabrique ! lui avait-elle reproché, au moment où il quittait la chambre.

    -   Je n’ai pas le choix. Le patron voulait lancer une cuisson hier soir. Je lui ai dit d’attendre ce matin, je lui ai promis de m’en occuper.

    Il était parti comme un voleur, la tête basse, sans oser regarder sa femme, conscient de lui voler une journée de détente et de vie de famille, au profit d’un vieil égoïste persuadé que le monde entier devait tourner autour de sa passion.

    Il venait de monter dans sa voiture lorsque son portable sonna. Sur l’écran, il reconnut le fixe des Dutilleul. C’était Louise Dutilleul.

    -  Antoine, je suis inquiète. Armand n’est pas rentré cette nuit. Ça ne lui était pas arrivé depuis longtemps. Pouvez-vous aller voir à la fabrique si tout va bien ? Je ne serais pas étonnée qu’il se soit endormi sur son bureau. J’espère qu’il n’a pas eu un malaise.

    -  Je suis en route vers la fabrique, la rassura-t-il. Je lui avais promis d’y aller ce matin pour lancer une cuisson. Ne vous inquiétez pas. Je vous rappelle dès que je serai sur place.

    - Ah, au fait, ajouta-t-elle, juste un détail. C’est très curieux. Hier soir, il m’a appelé. Il avait oublié son agenda et il voulait que je lui communique le numéro de portable de votre jeune ouvrier, Martin. Pourquoi ne vous a-t-il pas appelé, vous ?

    Antoine faillit lui répondre : « Parce qu’il n’a pas osé me mobiliser cette nuit. Il a préféré appeler Martin qui, lui, n’a pas osé refuser. »

    - Parce que nous avions débranché nos téléphones, madame Dutilleul. Il s’est rabattu sur Martin, voilà tout. C’est aussi simple que ça, lui mentit-il.

    La voiture roulait à vive allure sur la route qui conduisait à la fabrique. Dix minutes l’en séparaient mais ces minutes lui paraissaient une éternité. « Quelle tête de mule ! pesta Antoine. Il a fallu qu’il lance lui-même la cuisson. Il ne pouvait pas attendre ce matin. Non ! C’était plus fort que lui. » Malgré toute l’affection qu’il vouait à son patron à qui il devait tout, Antoine commençait à être agacé par le comportement de Dutilleul qui glissait tout doucement vers une forme de névrose. Au lieu de se contenter de produire des confitures qu’on s’arrachait à des dizaines de kilomètres à la ronde et qui faisaient de lui l’un des hommes les plus riches du coin, il s’obstinait à vouloir aller toujours plus loin, dans une quête interminable et vaine de la perfection, au risque de martyriser tous ceux qui l’entouraient.

    Lorsqu’Antoine stoppa sa voiture devant la fabrique, la Volvo du patron et la mobylette de Martin étaient stationnées sur le petit parking. Les deux hommes étaient encore là. De la vapeur s’échappait de la cheminée. La cuisson n’était pas terminée, ce qui, à pareille heure, était étonnant. Ce qui l’était plus encore, c’était l’absence  des deux hommes, dans l’atelier aussi bien que dans le laboratoire. Pas plus de Martin que de Dutilleul, ni dedans, ni à l’extérieur. Antoine se pencha sur la cuve en fonctionnement pour en inspecter le contenu. Son étonnement cessa. Si la cuisson durait toujours, c’est qu’il y avait une bonne raison à cela. Plus personne n’était là pour s’en occuper. Les deux seuls qui auraient pu l’arrêter se trouvaient au fond de la cuve, ébouillantés, confits, caramélisés, après une cuisson de plusieurs heures. Il se précipita pour débrancher la cuve.

    Perché en haut de l’échelle métallique, Antoine fixait, sans trop réaliser, les deux corps méconnaissables, tout juste différenciables par leur corpulence, baignant dans une pâte infâme qui sentait le caramel grillé. Il se sentait stupide, désorienté, ne comprenant pas comment ils avaient fait pour se retrouver dans cette cuve où l’on ne pouvait pas tomber par accident. Reprenant ses esprits et contrairement à ce qu’il avait promis, il jugea bon de ne pas appeler Louise Dutilleul, se disant que la gendarmerie se chargerait bien assez tôt de lui annoncer la mauvaise nouvelle. Si la mort des deux hommes lui avait coupé les jambes, ce qui le tracassait avant tout, c’était de savoir ce qu’il allait devenir. Son patron mort, l’avenir de la fabrique était plus qu’incertain. Une chose, par contre, était sûre : Armand Dutilleul ne serait plus jamais le roi des confitures.   

 

Partager cet article

Published by ma fabrique de polars - dans Mes romans
commenter cet article
20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 14:38

illustration de couverture

Un court extrait de mon nouveau polar "Dans la mémoire de l'autre" :

 

Nice, le 29 juillet 2011, 10 heures,

 

    C’est le vacarme que font les éboueurs qui m’a tiré de mon sommeil dès six heures. Pourtant, cette nuit, j’ai mieux dormi. Mes cauchemars ont encore hanté ma nuit mais avec moins d’insistance que les jours précédents. J’ai l’impression que ma rencontre avec Foletti m’a fait du bien, en me soulageant d’un poids. Un processus s’est mis en route qui devrait rapidement m’apporter la lumière sur ce qui m’arrive. Tout du moins, je l’espère. Hier soir encore, j’ai trouvé dans ma boîte électronique un autre message, aussi inquiétant que les autres : « Ne te rends –tu pas compte de ce que tu as fait. Es-tu inconscient à ce point ? »

Aucune signature et une adresse d’envoi en gmail qui en dit long sur le souci d’anonymat de l’expéditeur. Je me suis fait expliquer le procédé technique utilisé par mon tourmenteur. Impossible de l’identifier, m’a précisé un ami, seule une procédure judiciaire permet de contraindre l’opérateur à révéler la véritable adresse d’expédition. Il paraît que cette adresse a pu être fabriquée dans un cybercafé et les messages postés du même endroit. L’anonymat total, le secret parfait ! J’ai quand même fourni l’adresse et copie des messages à Foletti. Aucun risque qu’il découvre ce que j’aurais réellement fait. Il pensera qu’il s’agit des torts que j’ai causés à Bréault et à Lauzière. Peut-être parviendra-t-il à localiser l’adresse d’expédition et, qui sait ? à repérer l’internaute auteur de ces messages, en planquant dans le cybercafé ?

    Tous mes espoirs reposent désormais sur Foletti et, chaque seconde, chaque minute, chaque heure qui passent rendent plus fébrile l’attente de son prochain contact. Combien de temps devrais-je patienter avant qu’il m’appelle ? Il le fera, ça c’est sûr, dès qu’il aura de premiers éléments à me fournir mais cela peut prendre des jours et des jours. Des jours d’angoisse à me demander qui est au courant, qui m’a suivi, me suit sans doute encore et guette le moment propice pour me porter l’estocade. Si ce n’est pas Lauzière, c’est sans doute Bréault. Lui a encore de plus sérieux motifs de haine contre moi.

Partager cet article

Published by ma fabrique de polars - dans Mes romans
commenter cet article
16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 10:11

meme-cornemuse.pngDésopilant, cocasse, burlesque, drolatique, je pourrais épuiser le paradigme sans avoir réussi à rendre compte du talent avec lequel Nadine Monfils nous entraîne sur les pas de Mémé Cornemuse et de sa inénarrable famille. Un roman picaresque, une farce burlesque, un road-movie déjanté, qui retracent les vacances de la famille Destrooper sur la côte de la mer du Nord. Côté belge, ce qui, grâce à l’humour incomparable de nos amis d’Outre-Quiévrain, ajoute une saveur supplémentaire à cette histoire déjantée qui est un concentré de Frédéric Dard, Arlette Aguillon et Tim Cockey. Des personnages hors normes, embarqués dans une histoire délirante, sans temps morts, une histoire dans laquelle l’intrigue devient presque secondaire tant on tire un plaisir jubilatoire à suivre les personnages dans leur délire. Avec ça, des répliques qui valent celles d’Audiard, des scènes imagées à mourir de rire. J’avais adoré « La vieille qui voulait tuer le bon dieu » mais là, je dois dire que j’ai été littéralement « scotché » par le talent de Nadine Monfils. Un pur régal que je recommande à toutes celles et à tous ceux qui veulent connaître le plaisir d’un bon défoulement lacrymal comme je n’en avais pas connu depuis longtemps. Du grand art. A consommer sans modération.

Les vacances d’un serial killer, de Nadine Monfils, Pocket, juin 2012, 252 pages.

Partager cet article

Published by ma fabrique de polars - dans Coups de coeur
commenter cet article
15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 18:40

temps-glaciaires.jpgQuatre ans qu'elle n'avait rien publié. Le nouveau polar de Fred Vargas vient de paraître. Il est prêt pour sa sortie officielle le 4 mars. Je viens de le recevoir en service de presse. Un pavé ! A n'en pas douter, 490 pages d'un plaisir trop rare. "Temps glaciaires", tel est le titre de ce nouvel opus dans lequel nous retrouverons le commissaire Adamsberg et son fidèle second, Danglard. Encore quelques jours de patience et vous, aficionados de la reine française du polar, vous serez récompensés de votre attente, fébrile si j'en crois les innombrables requêtes dont ce blog a été l'objet depuis trois ans et qui réclamaient à cors et à cris des informations sur l'actualité de Fred Vargas. Changement d'éditeur : Fred Vargas a rejoint l'écurie de Flammarion, affirmant que c'est Viviane Hamy qui est responsable de leur séparation. Peu importe, ce qui compte, c'est que nous retrouvions l'ambiance incomparable de ses rompols. Ce soir, j'en démarre la lecture et, très prochainement, je publierai une chronique sur ce blog.

Partager cet article

Published by ma fabrique de polars - dans Actualité
commenter cet article
13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 18:24

pierre-noire.pngUn jeune couple meurt brûlé vif dans la maison qu’il avait rénovée et dans laquelle il venait de s’installer. Ainsi commence le livre. S’agit-il ou non d’un accident ? C’est à cette question que va tenter de répondre ce récit qui n’est pas à proprement parler un polar, non plus qu’un thriller mais essentiellement un suspense psychologique. Tout se joue entre Nicolas, jeune prof de collège, qui a découvert dans une vieille cambuse délabrée la maison de ses rêves et Isabelle, son épouse, qui voit d’un mauvais œil leur installation dans cette demeure abandonnée où une vieille femme s’est pendue. L’intrigue va s’ingénier à retracer le fil des évènements qui ont conduit au drame. Il s’agit de fournir les éléments qui ont jalonné et alimenté la montée de la tension dramatique au sein de ce jeune couple que l’installation dans leur nouvelle demeure va progressivement éloigner l’un de l’autre. A vrai dire, il s'agit surtout de décrire l'hostilité qui s'installe entre la jeune femme et la maison et l'affrontement qui en découle. Drame psychologique, « La pierre noire » entretient quand même une forme de suspense qui fait que l’on reste accroché au livre et qu’on a envie d’aller vers le dénouement que l'on imagine, en dépit du premier chapitre, ne connaître qu'en partie. Dans un style soigné, Chantal Forêt nous livre là une histoire poignante dont on devine que l'issue sera dramatique. Tout se joue dans le huis clos d’un petit bourg et plus précisément dans cette maison, source de tous les soins de Nicolas et de tous les tourments d’Isabelle. Les protagonistes sont peu nombreux. La maison est un personnage de premier plan. Les points de vue alternent, ceux du couple, ceux des voisins et amis et bien sûr celui de la narratrice. Un peu comme dans la reconstitution d’une affaire judiciaire. Je suis allé au terme de ce roman avec plaisir. Un moment de lecture sympa.

La pierre noire, de Chantal Forêt, éditions de l’Archipel, janvier 2015, 254 pages, 17 € 95.

Partager cet article

Published by ma fabrique de polars - dans Coups de coeur
commenter cet article