Vendredi 1 août 2014 5 01 /08 /Août /2014 16:30

du-son.jpgA soixante-huit ans, Jon Ayaramandi, un Basque pur jus, prend sa retraite de tueur. Eh oui, ça ne s’invente pas ! C’est un fondu de musique et il partage cette passion avec Jean-Luc, le patron du Captain’Bar. Il prend un soin jaloux de la petite fille de son amie et voisine Perle. En somme, une retraite qui s’annonce sous les meilleurs auspices. Malheureusement pour lui et heureusement pour le lecteur, Al, le petit ami de Perle, vient à disparaître. Perle est effondrée. Jon retrouve ses réflexes professionnels pour se lancer à la recherche du disparu. C’est le point de départ d’une série d’aventures dans le milieu des tueurs professionnels, le démarrage d’une enquête complexe, pleine de fausses pistes, de coups fourrés mais désopilante à souhait. Car, ce qui caractérise ce polar, c’est l’humour qui le traverse de bout en bout et que je classerai dans la même veine que celui d’un Tim Cockey ou d’une Arlette Aguillon. J’irais même jusqu’à évoquer Frédéric Dard. J’ai pris un plaisir énorme à lire presque d’une traite ce polar abouti, premier opus d’un auteur qui, à coup sûr, refera parler de lui. De l’action, du suspense et de l’humour, les ingrédients idéaux pour un polar réussi et pour passer quelques heures savoureuses. A découvrir sans tarder.

Du son sur les murs, de Frantz Delplanque, Points, mars 2014, 426 pages, 7 € 90.

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Mardi 22 juillet 2014 2 22 /07 /Juil /2014 14:56

barre-copie-1.jpgBarre-des-Cévennes, le 21 mai 2010,

 

    Le village était curieux, tout en longueur, le long de la départementale qui reliait Florac à Sainte-Croix-Vallée Française. Tout y était vieillot et le temps semblait s’être arrêté sur cette cité aux maisons d’une autre époque dont certaines portaient encore, lisible sur la pierre, leur raison sociale d’antan. La vie semblait avoir déserté ces immeubles aux façades noires et aux toits de lauzes, lestés de pierres pour résister aux assauts du vent. Seuls, deux ou trois commerces au centre du village offraient un semblant d’animation. De minuscules venelles aux marches raides et inégales reliaient la rue principale au niveau supérieur du village, là où se trouvait la vieille église romane dans laquelle Marco savait pouvoir trouver le père Marcellin.

    Il découvrit le vieux curé agenouillé devant l’autel, dans la pénombre. De dos, le prêtre ressemblait à l’une de ces statues primitives, squelettiques et tordues comme du bois de noyer. Marco demeura campé, immobile, à l’entrée de la nef, attendant que le père Marcellin eût achevé de dire ses prières. Au bout de quelques minutes, le prêtre se releva péniblement et se tourna vers celui dont il avait deviné la présence.

    - Me cherchez-vous, mon fils ? demanda-t-il, d’une voix chevrotante.

    - Oui, mon père. Je m’appelle Marc Modelli et je suis officier de police judiciaire. J’aimerais vous entretenir des meurtres de la ferme des Garrotières.

    - Vous voulez parler de ces pauvres malheureux que les gens du village surnommaient les Sans-Culottes ?

    - C’est ça, mon père.

    - Je croyais que cette affaire était tombée dans l’oubli, que les enquêtes qui se sont succédé avaient échoué. On s’y intéresse donc encore !

    - Vous avez raison de dire que les enquêtes ont échoué jusqu’à maintenant mais j’appartiens à une équipe spéciale chargée de rouvrir le dossier.

    Le curé leva les bras au ciel.

    - Mon pauvre garçon, je suis le premier à m’en réjouir mais que voulez-vous que je vous apprenne de plus aujourd’hui ? Ces pauvres malheureux ont été tués par des suppôts de Satan. Si la Justice des hommes est incapable de retrouver leurs assassins, le jour viendra où Dieu les jugera.

    - La Justice des hommes n’a pas dit son dernier mot, mon père. Verriez-vous un inconvénient à me conduire là-haut et, si possible, à me présenter à la famille qui habite la ferme voisine ?

    - Les Fantoni ?

    - C’est cela, les Fantoni.

    - Si vous y tenez ! soupira le prêtre. Mais je crains bien que vous perdiez votre temps sur tous les tableaux. Les Fantoni ne veulent plus entendre parler de cette affaire et la ferme des naturistes est à l’abandon.

    - Nous verrons cela après, mon père ! Pour l’instant, j’aimerais quand même m’y rendre.

    Marco ne regretta pas d’avoir cédé à l’insistance du père Marcellin qui tenait à toute force à le véhiculer dans sa vieille Méhari. Le chemin sur lequel ils s’engagèrent était à ce point défoncé qu’il aurait cassé la suspension de la voiture de location. Marco décida d’aller directement à la ferme des Garrotières. Il avait hâte d’être en prise directe avec la scène de crime qu’il avait imaginée à la lecture du dossier. Les dernières centaines de mètres furent extrêmement pénibles à parcourir. Les ronces avaient envahi le chemin et les pluies avaient creusé de profondes ornières. La pauvre Méhari souffrait mille griffures et mille soubresauts.

    - Je ne suis pas revenu ici depuis l’époque des meurtres, déclara le prêtre. D’ailleurs, plus personne ne s’y aventure. Depuis cette histoire, on l’appelle la ferme maudite.

    Le curé stoppa sa voiture dès que la maison fut en vue. L’esplanade qui les séparait de la bâtisse était envahie par les herbes folles et des arbustes avaient commencé à pousser entre les dalles. L’endroit était sinistre mais, curieusement, il s’en dégageait une grande sérénité. Marco comprenait aisément pourquoi les naturistes avaient choisi ce lieu. On sentait presque planer la présence des anciens occupants. Contrairement aux gendarmes qui avaient fait porter leurs premiers soupçons sur des gens du village, Marco imaginait mal des autochtones menant une expédition punitive contre une petite communauté qui, même si elle contrevenait aux principes de la morale villageoise, vivait terrée à plusieurs kilomètres du bourg et ne se mêlait jamais à la population.

    Le père Marcellin restait immobile et silencieux, comme s’il se recueillait. Son visage était livide. La table sur laquelle les victimes avaient pris leur dernier repas en compagnie de leurs bourreaux était encore là, rongée par la pluie, le soleil et le gel. Les couverts avaient disparu, à l’exception de quelques assiettes que le vent avait balayées et dont des éclats gisaient encore au sol, entre les herbes folles. Les fenêtres de la maison étaient barricadées par des planches clouées. Les scellés de la porte avaient été arrachés et ses deux battants, dégondés, pendaient misérablement. Ce qui avait été une scène de crime minutieusement décrite et analysée dans le dossier, le lieu habitable que décrivaient les clichés des gendarmes, n’était plus qu’un champ de ruines envahi par la végétation. Les deux hommes contournèrent la bâtisse. Ce qui avait été le jardin ressemblait à une friche où commençait à prospérer un début de garrigue. Qui aurait pu s’imaginer qu’une cérémonie épouvantable s’était déroulée là, quatre ans auparavant, que des hommes avaient pu y enterrer vivants d’autres hommes, les avaient vu disparaître un à un, sous la terre meuble, en captant dans leur ultime regard l’horreur et la souffrance de leurs derniers instants. Marco n’eut pas besoin du prêtre pour localiser les sept trous. En laissant courir son regard, sous l’ombre aérée du fenouil sauvage, il parvint à deviner sept taches plus foncées, en forme de rectangles. A ses côtés, le père Marcellin s’était recueilli. César crut voir des larmes couler sur ses joues. Il se mit à psalmodier : « Mon Dieu, ce n’est pas possible. Mon Dieu, ce n’est pas possible. » Il s’était mis à hoqueter. Marco posa sa main sur son épaule. Etait-il raisonnable que ce fût lui, un mécréant fini, qui réconfortât un prêtre ? En règle générale, c’était le contraire qui devait se produire. Il chercha les mots susceptibles de l’apaiser.   

    -  Ils avaient été drogués. Ils n’ont probablement pas souffert.

    En même temps qu’il prononçait ces paroles, Marco savait qu’il mentait, que le dérivé d’hysope administré aux victimes avait causé chez eux une paralysie des membres mais n’avait en aucun cas supprimé leur état de conscience. Ils s’étaient parfaitement rendu compte de ce qui leur arrivait.

    - Mon garçon, quand j’ai fini de dégager la terre qui recouvrait son visage, si vous aviez vu ses yeux. Je n’avais jamais vu l’expression d’une telle terreur dans le regard d’un être humain. Ils se sont vus mourir, mon fils ! Ils se sont vus mourir ! scanda-t-il. Dieu de miséricorde ! Comment cela est-il possible ?

    Marco l’arracha au spectacle de ces tombes, encore trop présentes dans la nature et dans son esprit, pour retourner à la Méhari. Il n’y avait plus rien à espérer de ce lieu voué à une malédiction éternelle où la nature allait poursuivre patiemment sa reconquête, jusqu’à effacer un jour toutes les traces de la barbarie des hommes. Le chemin disparaîtrait avant longtemps et seuls le curé et les plus anciens des villageois conserveraient vivante, pendant quelques années ou quelques décennies, la mémoire de ces crimes. Ils la perpétueraient, en la remodelant, en lui redonnant un sens compatible avec la morale des hommes. Ensuite, avec le temps, cet évènement tragique serait sublimé et deviendrait légende, cette redoutable machine à effrayer les enfants pour les maintenir sur le bon chemin et à transformer le crime des hommes en malédiction, les déchargeant ainsi de leurs responsabilités. On ne parlerait plus alors de naturistes, d’ostracisme et de routards mais d’âmes égarées, d’esprits malins et de mauvais sort. Ces pensées renforcèrent Marco dans l’idée que son athéisme et son matérialisme profonds étaient plus que jamais justifiés. Pour autant, à le voir dans un tel état d’affliction, il ressentait pour le vieux curé un sentiment qui ressemblait à de l’affection.       

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Lundi 21 juillet 2014 1 21 /07 /Juil /2014 14:20

commedia.jpgAntonio, d’origine italienne, est né en banlieue et vit à Paris. De temps à autre, il se rend chez ses parents à Vitry-sur-Seine. C’est là qu’il tombe par hasard sur Dario, un ami d’enfance qui lui demande d’écrire pour lui une lettre à une certaine Raphaëlle. Les familles des deux jeunes gens sont originaires du même village en Italie, non loin de Rome. Peu de temps après, Dario est retrouvé mort. Tué. Antonio prend contact avec la dénommée Raphaëlle et, à cette occasion, découvre que son ami venait de faire l’acquisition d’une vigne dans le village natal de son père en Italie et qu’en cas de décès, il léguait ce bien à son ami Antonio. Intrigué, Antonio se rend en Italie pour tirer cette situation au clair. C’est le début d’une aventure mouvementée, inspirée par le dessein secret de Dario, car, au-delà de l’idée simpliste et incroyable de devenir vigneron et surtout le connaissant bien, Antonio pressent de la part de son ami un « coup tordu », cette idée même qui a dû lui valoir d’être tué. Avec son style flamboyant aux accents italianisants, Tonino Benacquista nous entraîne dans une aventure palpitante, une sorte d’épopée picaresque dans un petit village de la campagne italienne. Humour et action rythment ce récit épique, ponctué par de nombreux rebondissements et où le suspense est toujours présent. Le dénouement est aussi simple et déroutant qu’inattendu. Une histoire plaisante qui m’a fait passer un bon moment.

La commedia des ratés, de Tonino Benacquista, Gallimard, 1998, 203 pages.

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Dimanche 20 juillet 2014 7 20 /07 /Juil /2014 14:52

l-homme-de-l-avenue.jpgMême si ce petit polar est répertorié dans la collection « San Antonio », c’est un roman écrit dans un style classique, loin des San Antonio que l’on connaît. Un colonel de l’armée américaine, en garnison à Paris, voit, le soir du réveillon du Nouvel An, un homme se jeter sur sa voiture et se tuer en retombant sur l’angle du trottoir. William, notre officier US, décide de faire face à ses responsabilités an allant annoncer lui-même à la femme de la victime l’affreuse nouvelle. Mais – et c’est là que les choses se compliquent – il la retrouve ivre dans un bar et doit la raccompagner chez elle. Renonçant à lui annoncer la mort de son mari compte-tenu de son état, il va la veiller. De mystérieux appels téléphoniques muets et un message du mort disant qu’il allait bientôt rentrer après quelques examens médicaux le déstabilisent et lui font craindre pour la sécurité de la veuve. Appelant sa femme à la rescousse, William va mener son enquête pour comprendre le fin mot de cette situation abracadabrantesque. L’histoire se déroule dans les années d’après-guerre et l’on aurait pu voir William croiser Maigret dans les rues de Paris. Dans un style très classique et sur un bon tempo, Frédéric Dard déroule une histoire captivante dont le dénouement est assez étonnant. J’ai lu ce court polar avec délectation et j’en conseille vivement la lecture. Distrayant à souhait.

L’homme de l’avenue, de Frédéric Dard, Pocket, juin 2014, 212 pages, 6.20 €.

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Samedi 19 juillet 2014 6 19 /07 /Juil /2014 10:50

six-ans-deja.jpgCe polar pourrait tout aussi bien s’intituler « Tu avais promis » car Jack avait promis à son ancienne petite amie de la laisser tranquille et de ne pas chercher à la revoir. Natalie l’a quitté un beau jour pour se marier avec Todd. Six ans après, Jack apprend la mort de Todd et cherche à recontacter Natalie . Mais, Natalie est introuvable et, de surcroît, Jack découvre que la veuve de Todd n’est pas Natalie. C’est pour Jack le début d’une difficile recherche et surtout d’ennuis en tous genres. La situation de Natalie apparaît ténébreuse et Jack est régulièrement menacée s’il poursuit ses recherches. Natalie le contacte indirectement pour lui rappeler son engagement : « Tu avais promis ». Pour autant, Jack va persévérer pour mettre à jour le fin mot de cette disparition pour le moins mystérieuse. Je trouve les critiques quelque peu sévères avec ce polar qualifié de « roman de gare » mais qui, de mon point de vue, appelle des commentaires positifs. Il y a de l’action, du suspense et je n’ai eu de cesse d’arriver au terme de cette palpitante quête d’un personnage auquel je me suis attaché. Alors, que les histoires écrites par Harlan Coben aient un profil voisin, je veux bien l’admettre mais il sait renouveler l’intérêt et ménager le suspense. Je ne me suis pas ennuyé un seul instant et je recommande à tous cette histoire palpitante.

Six ans déjà, de Harlan Coben, Belfond Noir, février 2014, 368 pages, 19.95 €.

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ISSN 2267-0947

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