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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 08:39
Coup de coeur : La pieuvre, de Jacques Saussey...

~~C’est un pavé : 553 pages. Mais qui se lit facilement, d’abord parce qu’il est rédigé dans une écriture simple, sans fioritures inutiles mais néanmoins imagée qui sert à merveille une intrigue percutante où l’action prime et, ensuite, parce que l’histoire est passionnante. L’intrigue est à la fois simple et complexe. Un juge d’instruction français anti-mafia a été assassiné vingt ans plus tôt. L’arme qui avait servi pour ce meurtre réapparaît à l’occasion de nouveaux crimes. Quelles raisons peuvent bien amener la « pieuvre » à se réveiller et à faire le ménage car le capitaine Daniel Magne en est convaincu : la mafia est derrière tout ça et ces crimes ont un rapport avec la mort du juge Heslin. Ce qui complique l’affaire, c’est que Lisa, la compagne de Magne et elle-même officier de police, n’est autre que la fille du juge assassiné. L’enquête est sensible et la pieuvre est partout, y compris dans les sphères administratives et politiques les plus hautes. 553 pages d’un suspense total au cours duquel Magne aura fort à faire pour démasquer les vrais coupables. La structure du polar est originale, faite d’un savant tuilage entre différentes strates d’un même récit, avec des décalages temporels propres à entretenir le suspense. Un polar au souffle fort, une intrigue prenante conçue par un auteur qui confirme là son indéniable talent.

La pieuvre, de Jacques Saussey, Toucan noir, mars 2015, 553 pages, 20 €.

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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 10:02
Coup de coeur : Les corps acides, de Léda Michelson...

~~Au départ, je n’étais pas sûr d’entrer facilement dans une histoire se déroulant au Mexique et mettant aux prises la CIA, le FBI et des narcotrafiquants. Mais, au fil des pages, je me suis laissé happer par cette histoire prenante et par des personnages centraux attachants et crédibles. Ce thriller est un mélange de suspense et d’action qui, d’une rive à l’autre du Rio Grande, vous propulse dans l’univers sordide des cartels mexicains où se mêlent la drogue, l’argent et les machinations politiques. Des personnes disparues, un agent féminin du FBI qui, en sous-main, « embauche » un ancien de la police criminelle mexicaine pour les retrouver et, en filigrane, l’histoire de deux sœurs confrontées à la mort accidentelle de leur petit frère, voilà les ingrédients d’un cocktail bien dosé et agréable à déguster. L’histoire est rythmée, bien écrite et l’auteure qui possède une bonne connaissance du dossier et des lieux a su en faire un ressort efficace de sa fiction. J’ai passé un moment de lecture très sympa. A découvrir.

Les corps acides, de Léda Michelson, Ed. Harmattan, décembre 2014, 273 pages, 23 €.

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 09:14
Gros coup de coeur : Il ne faut pas parler dans l'ascenseur, de Martin Michaud...

~~Au milieu de nombreux destins individuels qui se croisent et se recroisent, il y a l’histoire étrange de Simone Fortin victime d’un accident de la circulation, tombée dans le coma durant 24 heures et qui, pourtant, pendant ce laps de temps, se souvient parfaitement avoir rencontré Miles qui garde un cimetière et avec lequel elle a sympathisé. Rêve ou réalité ? Le cœur du suspense est là. Mais il y a aussi, au centre de ce polar, le commandant Lessard, un personnage atypique qui se bat contre l’alcool, contre sa hiérarchie et contre un destin familial contraire. Lessard et son équipe enquêtent sur deux meurtres qui vont s’entrecroiser et, surtout, leurs investigations vont buter sur l’étrange histoire de Simone Fortin. Ce polar, construit comme un puzzle, fait alterner différents récits qui finissent par tisser entre eux des liens logiques qui ne font qu’épaissir le mystère qui entoure la personne de Simone Fortin. Il faut rester concentré pour pouvoir saisir les fils et les relier afin de tisser une toile sur laquelle le motif se dessine et se précise au fil des pages. L’intrigue et sa cohérence résultent d’une magistrale opération de tressage. Mais le jeu en vaut la chandelle et cet effort de concentration est récompensé par le dénouement. Le suspense reste entier jusqu’à la fin. Et puis il y a les expressions typiquement québécoises et si savoureuses qui m’ont rappelé mon séjour dans ce merveilleux pays. Je ne suis pas surpris que cet auteur ait tant de succès. C’est une belle découverte. Il ne faut pas parler dans l’ascenseur, de Martin Michaud, Ed. Kennes, 2015, 399 pages, 23 € 49.

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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 12:11
Un commentaire apprécié...

~Entre d'insolubles exos de maths et des mètres de programmes, je me suis un peu reposé les méninges en lisant "Dans la mémoire de l'autre" , le nouveau polar de Jean-Michel Lecocq. Auteur bien connu dans les Ardennes, mais dont l'audience s'est beaucoup élargie au fil de ses publications, cet ancien inspecteur de l'Education Nationale de la circonscription de Sedan en est à son sixième roman policier. Paru en 2009, le premier , "Le secret des Toscans" mêlait histoire, suspense et fantastique, avec le château-fort de Sedan comme toile de fond. Un pur régal totalement addictif. Depuis, chaque année, Jean-Michel Lecocq remet l'ouvrage sur le métier, se renouvelant constamment dans le choix des sujets, mais avec chaque fois, un style ciselé, des décors campés avec un talent de peintre, et des intrigues soigneusement tissées, pleines de fausses pistes et de rebondissements. Le sixième, intitulé "Dans la mémoire de l'autre", se déroule cette fois entre Nice, Draguignan et Sainte-Maxime, région où s'est installé l'auteur. Il met en scène pour la seconde fois le commissaire Théo Payardelle, apparu dans le précédent opus ("Rejoins la meute") et suit un policier atteint de pertes de mémoire et qui découvre avec effroi que toutes ses conquêtes ont succombé le soir-même. Le voilà dans les affres et nous avec : aurait-il commis l'irréparable malgré lui, ou est-il la victime d'un complot machiavélique ? Là encore, impossible de laisser ce roman sans en connaître le dénouement qui surviendra dans les dernières pages en ruinant toutes les hypothèses échafaudées par l'équipe des enquêteurs et le lecteur lui-même ! De la belle ouvrage !

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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 11:20
Coup de coeur : Les Belges reconnaissants, de Martine Nogué...

~~Un petit village languedocien qui tire ses revenus de la viticulture et sur lequel règne, depuis trois générations, une famille qui assoit son pouvoir sur le clientélisme et sur l’intimidation. Une communauté xénophobe confrontée à des néo-ruraux écolos qui viennent troubler la paix du village et avec lesquels les tensions s’exacerbent. Et, pour couronner le tout, le maire que l’on retrouve un jour mort au milieu de la garrigue. Suicide ou assassinat ? Voilà planté le décor dans lequel va officier le lieutenant Pénélope Cissé, jeune policière d’origine sénégalaise. C’est un polar de terroir sympa que nous propose Martine Nougué pour son premier opus. Pas de temps morts, de l’action, du suspense et des personnages crédibles et attachants. Tous les ingrédients sont réunis pour faire de la lecture de ce roman un moment de lecture des plus agréables. Les belges reconnaissants, de Martine Nougué, Ed. du Caïman, janvier 2015, 215 pages, 12 €.

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 20:12
Gros coup de coeur : Deux gouttes d'eau, Jacques Expert ...

~~Avec « Deux gouttes d’eau », j’ai retrouvé avec plaisir le thème de la gémellité déjà abordé dans « Portrait-robot » mais traité de manière différente. Les éléments du récit : le meurtre abominable d’une jeune femme et la rouerie de deux jumeaux machiavéliques qui, au fil des 331 pages du roman, vont mener en bateau les enquêteurs à la tête desquels un flic hors normes, le commissaire divisionnaire Laforge, super-flic aux méthodes atypiques. Laforge et son équipe parviendront-ils à démasquer le véritable coupable ? C’est l’enjeu de cette intrigue prenante, le propos de ce livre captivant qu’on ne peut lâcher. Jacques Expert nous relate là une enquête haletante, réussissant le tour de force de faire tourner en rond ses policiers pendant plus de 300 pages sans lasser un seul instant le lecteur. A découvrir absolument.

Deux gouttes d’eau, de Jacques Expert, Ed. Sonatine, janvier 2015, 331 pages, 19 €.

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 19:43
Coup de coeur : Un cadavre en toque, de Noël Balen et Vanessa Barrot...

~~Avec « Un cadavre en toque », Noël Balen et Vanessa Barrot nous entraînent dans les cuisines des restaurants étoilés et dans les coulisses des magazines gastronomiques pour une enquête aux milles saveurs. Julien Villedieu, un chef sur le point de se voir décerner sa première étoile, est retrouvé assassiné un matin dans la cuisine de son restaurant. Laure Grenadier, critique gastronomique et patronne d’un magazine réputé mais aussi ami de la victime, se lance, en compagnie de son photographe, dans une enquête au terme de laquelle elle finira par faire la lumière sur ce meurtre. Au-delà d’une intrigue prenante, ce polar est un hymne à la gastronomie. Bien écrit, il se laisse lire avec plaisir. Un polar sympa, un moment de lecture agréable. Un cadavre en toque, de Noël Balen et Vanessa Barrot, Ed. Fayard, février 2015, 195 pages, 15 €.

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18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 09:25
Un extrait de "24", Thriller historique ...

~Paris, le jeudi 21 août 1572, 11 heures, le matin,

Catherine de Médicis avait suivi la messe de dix heures avec le roi, avant de quitter le Louvre. La litière, portée par huit gaillards en livrée et flanquée d’une imposante troupe de cavaliers en armes, s’acheminait vers le Grand-Châtelet par la rue Saint-Germain-L’Auxerrois. Une nouvelle fois, la reine obéissait aux prédictions de sa voyante favorite qui lui avait annoncé la mort d’un homme dont la dépouille était exposée, depuis la veille, dans la forteresse qui dominait le quartier de la Boucherie et le Pont-aux-Changeurs. - Cet homme connaît la vérité, ma reine. Dans sa cervelle, tu liras tout ce que tu cherches à savoir, lui avait affirmé la voyante. Catherine, qui accordait davantage de crédit aux oracles de ses diseuses de bonne aventure qu’aux propos de tous ses conseillers, n’avait pas hésité un seul instant. Ne voulant pas manquer son cercle de l’après-midi, elle avait consenti à affronter la chaleur de cette fin de matinée pour se rendre dans ce lieu qui, en plus de sa fonction de prison, remplissait plusieurs autres offices, au rang desquels celui de morgue pour les officiers tués dans l’exercice de leur mission. Masson Delforti avait eu droit à cet honneur et reposait sur un coffrage de marbre, les bras repliés sur sa poitrine, tel un gisant, au milieu d’une salle voûtée, dans le sous-sol du Grand-Châtelet. Un simple drap de lin recouvrait son corps, masquant la vilaine blessure reçue trois jours auparavant, rue Garlande. Seule dépassait sa tête, à peine moins blanche que le drap qui venait mourir sous son menton. Ainsi exposé, Masson Delforti avait reçu la visite de tous ceux qui, amis et membres de sa famille, lui vouaient un peu d’affection. Deux hallebardiers montaient la garde dans ce tombeau humide, veillant à ne pas laisser s’approcher les rats qui remontaient de la Seine, attirés par l’odeur de la mort et qu’on voyait, par instants, pointer leur museau à l’entrée des regards d’évacuation. La reine fut accueillie par le bailli, gouverneur de la forteresse et responsable des autorités de justice de la ville, accompagné du prévôt. On avait également requis la présence d’un mage auquel Catherine de Médicis accordait toute confiance et qu’on disait capable de lire, dans l’encéphale des morts, leurs secrets les plus enfouis. Cet homme de grande renommée, que certains, cependant, n’hésitaient pas à accuser de charlatanisme, répondait au nom de Cornélius Pulverini et disait avoir été l’élève de Michel de Notre-Dame. Personne n’avait songé à remettre en cause cette filiation, par crainte de la reine-mère qui ne jurait que par lui. Pour la circonstance, il avait revêtu une robe de velours écarlate, passementée de fils d’argent et ornée d’une chaîne à l’extrémité de laquelle pendait une tarasque en or. Un peu plus en retrait, se tenait Antoine Tasquin, docteur en médecine, disciple d’Ambroise Paré, qui excellait dans la dissection des cadavres. A côté de lui, on avait installé une table sur laquelle reposaient, dans un ordre parfait, toutes sortes d’instruments tels que scalpels, écarteurs et pinces. A l’entrée de la reine, dans un silence religieux, le bailli fit un signe du bras en direction de Tasquin qui s’approcha du cadavre. La tête de Delforti avait été rasée et sensiblement relevée vers l’avant, grâce à un coussin posé sous la nuque. Le chirurgien eut un geste de recul devant l’odeur putride qui montait du cadavre. Puis, prenant sur lui-même, il entreprit de fixer sur le crâne de l’infortuné chef de la milice un appareil semblable à un casque, nanti d’un cerclage qu’il serra à l’aide de deux vis glissées sur les côtés. Puis, actionnant une autre vis, beaucoup plus grosse, il mit en marche un disque qui, tout en se déplaçant le long du cerclage, commença à entamer la boite crânienne. L’assistance restait silencieuse pendant que, sous la morsure patiente de la machine, on entendait craquer la calotte osseuse. Lorsqu’il jugea que la trépanation avait abouti, Antoine Tasquin ôta l’appareil et, d’un geste lent, avec d’infinies précautions, souleva la partie supérieure de la boîte crânienne pour la poser sur la table, à côté de ses outils. On apercevait à présent nettement la masse du cerveau. Chacun retenait son souffle, impressionné par le spectacle. Pulverini s’avança et montra du doigt l’endroit où il souhaitait voir Tasquin inciser la masse cérébrale. Le chirurgien s’empara d’un scalpel et se mit à l’ouvrage. Il n’y avait plus de sang pour irriguer cette masse flasque sur la surface de laquelle les vaisseaux étaient devenus des filets noirs et se muaient, par endroits, en taches brunes. Aymard de Grandfontaine se détourna. Décidément, il ne parviendrait jamais à se faire à ce genre de spectacle que la reine-mère lui avait déjà imposé à maintes reprises. - Alors ? s’impatienta la reine, à l’adresse du mage. - Les tissus sont déjà en partie détériorés, répondit Pulverini mais la disposition des taches est encore lisible. - J’attends ! s’énerva Catherine. - Ce sont bien les Réformés, Majesté, lui annonça le mage. - Et c’est tout ? insista-t-elle. Pulverini avait commandé à Tasquin d’ouvrir plus profondément. Le scalpel avait poursuivi son œuvre. Le cerveau du pauvre Delforti était à présent presque séparé en deux. Le bailli n’observait plus la scène. Il avait ostensiblement tourné les talons et, d’un air désapprobateur, il affectait de regarder le plafond voûté. Au contraire, Desmeliers était ravi et son visage, d’ordinaire si dur, s’était figé dans un sourire presque béat. - Les Réformés, je l’avais bien dit, se permit-il de clamer, en regardant le bailli d’un air triomphant. - Silence ! ordonna la reine. Ce n’est pas terminé ! Continuez, Pulverini ! La mage s’était penché jusqu’à toucher du nez le crâne ouvert. - L’assassin est un Calviniste. C’est sûr. Ils sont même sans doute plusieurs si j’en juge par le nombre des taches. Mais je vois aussi autre chose, à présent. - Vas-tu enfin te décider à être plus précis ? s’emporta Catherine. - Eh bien, ma reine, je vois qu’un homme est venu en ces lieux. Il a posé des questions. Cet homme connaît la vérité. Il est venu ces jours derniers. La reine était rouge de colère. Grandfontaine, qui la connaissait, s’attendait au pire et pressentait l’explosion qui allait s’abattre sur le mage ou sur eux tous, sans distinction. Catherine était capable de colères violentes et, dans ces instants-là, il ne faisait pas bon se trouver dans les parages. - Si tu n’es pas plus précis, je vais te faire jeter au cachot, menaça-t-elle. - Cet homme est venu de loin, reprit le mage. C’est un homme de Dieu. Il connaît le coupable et il est venu récemment ici. Tout est écrit là, ajouta-t-il en posant son index sur la cicatrice dont les lèvres commençaient à noircir. - Qu’on me trouve cet homme ! cria-t-elle à l’adresse du prévôt. Et vous, commanda-t-elle, en se tournant vers Grandfontaine, faites venir ici sur le champ tous les soldats qui gardent cette forteresse. Je veux les questionner moi-même. D’un geste bref, le bailli avait envoyé le prévôt requérir la maigre troupe qui composait la garnison de la forteresse. Au bout de quelques minutes, huit soldats étaient alignés, le long du mur, face à la reine qui promenait sur eux son regard des mauvais jours. - On me dit que vous avez laissé pénétrer ici un homme qui détiendrait des informations de la plus haute importance à mes yeux. Je veux connaître son nom et savoir à quoi il ressemble. Il en va de votre vie ! Les malheureux soldats étaient terrorisés. La réputation de Catherine ne laissait aucun doute sur le sort qu’elle était capable de leur réserver. Avouer qu’ils avaient permis à un inconnu d’entrer dans cette forteresse et qu’ils l’avaient laissé repartir était suicidaire. Nier l’était tout autant car la reine avait en son mage une confiance inébranlable. Les huit gardes étaient surtout étonnés que Pulverini ait pu être informé de cette intrusion. Mage, certes ! Mais quand-même ! - Allez-vous parler, mordieu ? s’écria le prévôt. L’un des hommes, sans doute le plus courageux, s’avança d’un pas et entama une confession. - En fait, Majesté, un prêtre s’est présenté, hier, en fin d’après-midi. Il a prétendu être un parent du défunt, disant qu’il était arrivé de province la veille pour se recueillir sur la dépouille. - Et vous ne vous êtes pas demandé si c’était réellement un prêtre ? Le garde était blême. Il bafouilla. - Euh…..Non, Majesté….. Il en avait toute l’apparence. Il avait l’air si abattu, si sincère. Et, de plus, il a dit ses prières. Nous, on l’a cru. L’homme attendait que la foudre s’abatte sur lui. Au lieu de cela, Catherine s’adressa à l’ensemble de la troupe. - L’un d’entre vous est-il en mesure de le décrire ? - Oui, répondit l’un des soldats, sentant qu’il fallait tout faire pour que la reine oublie la bévue de son compagnon. J’étais de faction devant la porte, avec Muselet, ajouta-t-il, en montrant du menton son voisin qui n’en menait pas plus large que les autres…. L’homme devait avoir une soixantaine d’années, poursuivit-il. Une tignasse qui tirait sur le roux. Il portait une barbe de quelques jours. Il était habillé comme un prêtre qu’il disait être. - Et c’est tout ? tonna la reine. Les huit hommes étaient devenus livides. Ils s’interrogèrent du regard et celui qui en était le chef prit la parole. - J’implore votre pardon, Madame, mais il est venu me voir et m’a demandé s’il y avait d’autres prisonniers à qui il pouvait apporter son réconfort. - Et, naturellement, je suppose que vous lui avez donné satisfaction ? L’homme tremblait. - Nous n’avons qu’un prisonnier ici. Il s’agit du bedeau de l’église des Cordeliers qu’on a arrêté voilà environ quatre mois. - Celui qui avait détroussé deux cadavres ? - Celui-là même. Je n’ai pas eu le cœur de lui refuser la permission de le confesser. Le pauvre bougre est mourant. Il n’en a plus que pour quelques jours. Le dénommé Muselet avait viré au cramoisi, ce qui n’avait pas échappé à Catherine. - Que caches-tu, toi, pour être dans cet état ? lui lança la reine. Aucune chance d’échapper à la confidence qu’il retenait. Le regard de la reine avait suffi à vaincre ses dernières hésitations. Il se lança. - J’ai eu l’impression que ce n’était pas vraiment un prêtre. - Comment cela ? - Avant d’être soldat, j’ai travaillé comme croque-morts à l’Hôtel-Dieu. J’ai souvent entendu les prêtres donner l’extrême onction et faire la prière des morts. L’homme dont on parle n’avait pas la même façon de dire la prière. On aurait dit un pasteur… Oui…c’est ça…un pasteur. Catherine et le bailli échangèrent un regard où se mêlaient de l’étonnement et un soupçon d’inquiétude. Un large sourire illumina le visage du prévôt. - Quand je disais que les Calvinistes étaient là-dessous ! lança-t-il. Tout s’éclaire à présent ! La reine le foudroya du regard. - Bougre d’idiot ! hurla-t-elle. Au lieu de vous réjouir de voir vos prétendues théories confirmées par les impressions du premier venu, vous feriez mieux de vous mettre à la recherche de cet homme. Et vite ! En attendant, mettez-moi ces incapables aux arrêts. Je vais réfléchir au sort que je leur réserve. Elle était sortie en trombe, suivie par le pauvre bailli, contraint de courir et auquel, avant de disparaître dans sa litière, elle avait eu le temps de confier. - Grandfontaine, tout cela est bien fâcheux. Cet homme n’est pas venu pour se recueillir sur la dépouille du milicien mais bien pour rencontrer le bedeau. Cela ne fait aucun doute. Il faut savoir pourquoi et ce que l’autre lui a dit. C’est de la plus extrême importance. Passez outre ce benêt de Desmeliers qui a perdu tout entendement avec son obsession des Calvinistes et faites vite, avant que le prisonnier ne rende l’âme. S’il en a une ! Dès qu’il vous aura fait ses confidences, ordonnez qu’on l’aide à passer à trépas. Ce ne sera jamais que pitié pour lui.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=36756

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13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 13:40
Coup de coeur : Sens interdit(s), de Jacques Saussey...

~~Après avoir terminé « La guerre des vanités » de Marin Ledun, j’ai enchaîné sur « Sens interdit(s) » de Jacques Saussey. Je n’ai pas été dépaysé dans la mesure où la thématique et la tonalité étaient les mêmes. Des suicides d’enfants dans une petite cité provinciale en apparence tranquille. La dernière victime en date est le fils du légiste local. D’où l’appel à Luc Mandoline, thanatopracteur et ancien baroudeur, pour s’occuper de la dépouille du fils de son collègue, nécessairement empêché. Luc Mandoline, surnommé l’embaumeur, va mener ses investigations à sa manière, en marge de l’enquête officielle qui piétine. Et sa manière, c’est celle de l’ancien légionnaire qu’il a été, musclée, sans nuances, sans précautions superflues. Autant dire que notre thanatopracteur met les pieds dans le plat, bouscule tout le monde, aidé en cela par un ancien collègue de la légion et une amie journaliste. Dans cette série de petits polars courts, écrits par différents auteurs, on retrouve l’esprit de la série Le Poulpe. Le titre, en forme de jeu de mots, laisse planer une équivoque qui est vite levée. Les familles ne sont pas claires et Luc Mandoline ne va pas leur laisser de répit. L’intrigue est bien ficelée, conduite sur un bon rythme. Le tout est émaillé de traits d’esprit, le récit est teinté d’un humour qui n’est pas sans rappeler celui d’une Arlette Aguillon ou encore d’un Tim Cockey dont le héros est proche de celui de Jacques Saussey. Le suspense est au rendez-vous de même que l’humour, quelquefois un peu rugueux mais toujours drôle parce que bien bien contextualisé et toujours à propos. Un roman assez court certes mais dense que je vous invite à déguster sans modération.

Sens interdit(s), de Jacques Saussey, Atelier Mosésu, janvier 2015, 188 pages, 13 €.

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 19:48
Coup de coeur : La guerre des vanités, de Marin Ledun...

~~Tournon, paisible bourgade de la vallée du Rhône. Paisible en apparence, jusqu’à ce que survienne une vague de suicides qui touchent des adolescents apparemment sans histoires. Le lieutenant Alexandre Korvine du commissariat de Valence, la ville voisine, sur l’autre rive du fleuve, est envoyé sur place pour enquêter. Il va devoir plonger dans les secrets d’une ville dont les habitants cultivent le mystère, à commencer par les familles des victimes. Dans un style volontairement saccadé qui colle au rythme erratique de l’enquête, Marin Ledun brosse la satire sociale d’une petite ville provinciale en même temps qu’il campe avec force un personnage central lui-même mal dans sa peau, en proie à la maladie qui le ronge. Marin Ledun met à jour l’hypocrisie d’une société provinciale repliée sur elle-même et, au fil d’une enquête difficile et douloureuse, en restitue l’atmosphère trouble et l’ambiance délétère. Au cancer du policier répond celui d’une société gangrenée par un mal endogène qui se nourrit de la loi du silence et parasite l’enquête. D’entrée de jeu, on se sent captivé par ces suicides, par le mystère que l’on sent peser dès les premières pages sur une enquête dont on se doute qu’elle va déboucher sur le pire. Le suspense est parfaitement entretenu et le voile ne se lève qu’à quelques pages de la fin. Un excellent polar à découvrir absolument.

La guerre des vanités, de Marin Ledun, Gallimard série noire, décembre 2011, 412 pages, 18 €.

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