Partager l'article ! Un extrait de mon prochain polar, "Portrait-robot"...: L'extrait qui suit est la fin du premier chapitre. Clara, une jeune femme psychopathe, s'e ...
L'extrait qui suit est la fin du premier chapitre. Clara, une jeune femme psychopathe, s'est enfuie de l'hôpital psychiatrique où elle était internée à la suite du meurtre de ses parents. Dans sa cavale, elle a abattu deux gendarmes et fait du stop sur une route forestière tout près de la frontière belge...
Au bout d’une heure, Clara avait décliné six propositions de prise en charge. Des femmes, des couples, un grand-père un peu gâteux.
Un nouveau véhicule s’immobilisa à sa hauteur. Un 4x4, un de ces monstres munis d’un pare-buffle, dont le marchepied vous arrive à hauteur de la taille. Le passager baissa la vitre.
- Eh bien, ma jolie, on se promène ?
- C’est ça, répondit-elle du ton le plus neutre qu’elle put. « Pauvre con ! », ajouta-t-elle en son for intérieur.
- Et où peut-on vous déposer ? poursuivit le type qui, au terme d’un examen plus détaillé, ressemblait à plouc du coin revenant de la chasse. C’était un quinquagénaire rougeaud, engoncé, malgré la chaleur, dans une veste en toile imitation treillis.
- A la frontière belge, précisa Clara, en même temps qu’elle grimpait à l’arrière du véhicule.
Son acolyte était du même tonneau. Il s’agissait bien de chasseurs. Leur tenue, la boue qui garnissait la carrosserie et même la sellerie, les chapeaux poussiéreux et flétris posés sur la banquette. A coup sûr, les fusils et les cartouchières étaient dans le coffre. Deux beaux spécimens de chasseurs. Beaufs à souhait, mal rasés et traînant sur eux l’odeur de plusieurs heures de traque au gibier au fond des bois, sous le cagnard d’août. Des braconniers sans doute car la chasse était fermée. Clara le savait. Pas besoin d’être chasseur pour connaître les dates d’ouverture. Il n’y avait qu’entre mars et septembre qu’on pouvait se promener en toute quiétude dans la forêt. Et vicelards avec ça. Les deux types se regardaient en échangeant des regards qui en disaient long sur leur côté libidineux. Finalement, la pétasse de la Mercédès avait raison. On ne savait jamais sur qui on pouvait tomber, quelle mauvaise rencontre pouvait surgir sur votre chemin. Clara, elle, le savait. Cette biche ramassée sur le bord de la route, dans ces bois, sans témoins, pouvait être une sacrée aubaine pour deux amateurs de chair fraîche. Le conducteur la reluquait dans le rétroviseur, à tel point qu’elle faillit lui demander à plusieurs reprises de se concentrer sur sa conduite. Le passager se retournait régulièrement. Clara avait conscience que son regard, plus salace encore que celui de son voisin, s’attardait alternativement sur sa poitrine et sur ses cuisses que la position assise avait généreusement découvertes. Il n’était pas difficile de décrypter ce qui se passait. Dans le silence de leurs regards complices, les deux hommes se consultaient sur la conduite à tenir. A présent, Clara avait l’impression de les voir plus rougeauds qu’au moment où elle avait grimpé dans le véhicule. Congestionnés par le désir, voilà comment ils étaient. Leurs inhibitions, si tant est qu’ils en aient eu beaucoup, n’allaient pas tarder à se lever. Si ce n’était déjà fait.
Elle resserra un peu plus son sac contre elle, pour se rassurer.
La frontière belge se rapprochait. Clara connaissait le coin. Encore quatre à cinq kilomètres et ils entreraient dans Pussemange, le premier village belge. Le panneau indiquant qu’on entrait en Belgique allait bientôt apparaître. Le 4x4 venait d’entamer une longue ligne droite. Des chemins de terre quittaient la route, tous les deux cents mètres, pour s’enfoncer dans un sous-bois dense. Les deux hommes connaissaient aussi la région. Cela se sentait, cela se voyait, autant qu’était perceptible leur libido exacerbée. Le 4x4 vira brusquement sur la droite dans une allée qui courait au milieu des sapins. Le véhicule brinquebalait sur le chemin creusé d’ornières. Encore une centaine de mètres et le feuillage dense des feuillus allait le dissimuler. Le conducteur stoppa son moteur et s’adressa à son passager, sur un ton entendu.
- C’est l’endroit idéal. Qu’est-ce que tu en penses ?
- C’est parfait, lui répondit son acolyte, en se retournant pour déshabiller une nouvelle fois du regard leur passagère.
Clara leur décocha un sourire généreux, allant de l’un à l’autre pour mieux enregistrer leurs traits. Pouvait-on qualifier d’êtres humains ces deux pourceaux chez qui l’idée du viol imminent qu’ils se préparaient à commettre faisait briller leurs yeux injectés de sang ?
- C’est aussi mon avis, leur rétorqua-telle, sans abandonner son sourire qu’elle tenta de rendre le plus avenant que possible.
L’expression des deux hommes se figea. Leurs faces couperosées furent gagnées par une expression d’incompréhension. Ils ne s’attendaient pas à ce que la jeune femme fût consentante. Encore moins, à ce qu’elle sortît de son sac ridicule, un revolver Manurhin dont la taille leur parut disproportionnée en comparaison de la frêle silhouette qui le brandissait dans leur direction. Encore moins au choix qu’elle leur laissa.
- Par lequel je commence ?
Ni l’un, ni l’autre n’eurent le temps de réfléchir à une réponse qui ne dépendait d’ailleurs pas d’eux. Clara opta pour le conducteur. Sans doute le moins pourri des deux. Un point de vue subjectif, à n’en pas douter. Histoire que l’autre assiste à la répétition de sa propre mort. Les deux coups de feu claquèrent à deux secondes d’intervalle. Les balles firent mouche. Dans le front, comme pour les gendarmes. Les deux hommes s’affaissèrent sans un cri, sur la console centrale, tête contre tête. Clara considéra un long moment l’arme qu’elle tenait dans sa main gauche. Elle comprit alors pourquoi il lui avait été aussi facile de s’emparer du révolver du jeune gendarme et de tirer aussi vite : il portait son arme à droite et elle était gauchère.
- Et de quatre ! hurla-t-elle, en laissant traîner dans l’aigu le dernier mot, comme pour mieux évacuer sa rage.
Elle rangea le revolver dans son sac et quitta le véhicule.